Nathalie Derome
Pas facile de se plier à l'exercice qui consiste à décrire mon travail interdisciplinaire sans avoir l'impression de radoter. On peut dire que je suis pratiquante depuis 1983. Au Québec, je suis considérée comme une artiste inclassable et une artiste-phare de l'interdisciplinaire.
Deux avenues de recherche caractérisent mon travail : de courtes performances en solo destinées à des événements d’art contemporain et des spectacles interdisciplinaires faisant appel à plusieurs créateurs et présentés dans des salles de spectacle. La musique, qui a toujours été au cœur de ma recherche, prend maintenant de plus en plus de place. En 2000, j’ai lançé un premier disque de chansons : LES 4 RONDS SONT ALLUMÉS, chansons parodisiaques et j’en prépare un deuxième qui sortira au printemps 2004. On a pu voir mon travail au Canada, en France et en Italie, ainsi qu’aux États-Unis. Une de mes créations, DU TEMPS D’ANTENNES, solo low-tech, a fait l’objet d’une adaptation pour le jeune public.
Depuis le début, je m’applique à dessiner le monde par la contamination et la juxtaposition de différentes disciplines, performance, spoken word, mouvements dansés, musique, vidéo, théâtre, poésie… Pour chaque spectacle interdisciplinaire, un médium différent guide l’écriture de la pièce et alimente le travail et, sur le plan formel, devient l’axe principal de lecture que je dévoile au moment de la présentation publique en apposant un sous-titre au titre principal. Ainsi le public, les journalistes et les diffuseurs peuvent aborder la pièce en connaissance de cause : théâtre perforé, musique à bout de bras, performance-fleuve, poème sur pattes, solo low-tech en sont des exemples.
Dans les années 80, mon travail était considéré comme de la performance… impure à cause des composantes théâtrales qui le caractérise : textes, costumes, anecdotes… Alors que la famille théâtrale s’inquiète encore et toujours de la ligne dramatique en apparence chaotique ou trop poétique que constitue mon travail le qualifiant selon les époques de théâtre à risques ou de théâtre pointu. En 90, quand l’appellation interdisciplinarité a fait son apparition… je me suis sentie confortable. À l’approche de l’an 2000, on se surprend souvent qu’un artiste usant d’aussi peu d’outils technologiques revendique une place au sein de la tribu interdisciplinaire. Il y a peut-être une confusion qui s’installe candidement entre multimédia et multidisciplinaire ou interdisciplinaire.
Pour ma part, ces temps-ci, quand je mets de côté les étiquettes et les définitions et que je me mets enfin au travail, je tente de relier les notions de corps humain et corps social dans un spectacle où la musique et la chanson seront en avant-plan en continuant la recherche sur les frontières entres les différentes disciplines, les pratiques du faire croire, et la question du territoire entre les gens, ce qui peut se traduire par la question de l’identité.
La compagnie qui soutient mes projets est née en 1988 sous le nom de La peau des dents, groupe multidisciplinaire, au moment de la création de CANADA ERRANT, (LOST CANADA) un long work in progress regroupant dix créateurs de toutes sortes de disciplines (arts visuels, théâtre, danse, musique, poésie). Même si la compagnie a adopté le nom de sa directrice artistique pour devenir en 1992 les Productions Nathalie Derome, le leitmotiv de la compagnie reste Philosophik + politik = poétik. Pour ma part, c’est toujours avec le sentiment de travailler par la peau des dents que je poursuis la recherche qui m’anime et me passionne.






